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La Liberté d'Expression face à l'Appel au Boycott Culturel

L'intervention de Afifa Karaké de la ''Campagne de Boycott des Partisans d'Israël au Liban-CBSI'' au colloque ''Combats pour la Culture/Combats de la Culture'', qui a eu lieu le 08 et 09 Décembre 2017, à l'Université Libanaise. 

Le programe: 

                          

L'intervention: 

L'appel au boycott des institutions universitaires et culturelles israéliennes lancé par le Comité National Palestinien (BNC: qui regroupe toutes les tranches de la société palestinienne, y compris 170 associations civiles), par la Campagne Palestinienne pour le Boycott Culturel d'Israël (PACBI) et par la campagne internationale «Boycott, Désinvestissement et Sanctions» (BDS),  se base sur le fait que ces institutions sont complices du système d’oppression israélien qui refuse de reconnaître les droits fondamentaux des Palestiniens, et notamment la liberté de mouvements et d’expression.

Est-ce que la culture n’est pas au-dessus de la politique?
Avant de déplier cela davantage, il est vital de comprendre qu’Israël a déjà «politisé» la culture, plus particulièrement, mobilisé la culture au service de redorer l’image de son régime d’apartheid.

Les institutions culturelles, parmi elles notamment les universités, les compagnies d’art, les groupes musicaux, les organisations cinématographiques, les syndicats d’auteurs et les festivals, font partie intégrante d’un échafaudage idéologique et institutionnel du régime israélien d’occupation, de colonialisme et d’apartheid contre le peuple palestinien. Les institutions culturelles israéliennes se sont clairement impliquées dans le soutien, la justification et le blanchiment de l’occupation par Israël.

L'appel au boycott vise les institutions aussi bien que les travailleurs culturels israéliens qui reçoivent un financement de l’état pour couvrir le coût de leur participation à des évènements internationaux - ou le coût de leurs produits culturels, alors ils sont tenus de contribuer à l’effort officiel de propagande d’Israël. À cette fin, ils signent un contrat avec le ministère des Affaires Etrangères Israélien qui les engage «à promouvoir les intérêts politiques de l’état d’Israël au moyen de la culture et de l’art, notamment en contribuant à créer une image positive pour Israël».
En fait, la raison explicite de ce financement est d’utiliser la culture afin de distraire le monde des brutalités de l’occupation. Et ceci n’est pas une théorie du complot, Israël l’admet. Ils ont créé le bureau de la «Brand Israel» en 2005 avec cet objectif.

Ainsi le boycott culturel exprime le refus de la complicité des institutions, des académiciens et des artistes israéliens dans une structure politique oppressive.

Les militants «anti-boycott» disent souvent que cette approche n’a pas de sens aux vues des nombreux artistes israéliens/produits/institutions qui sont critiques de leurs gouvernements.
Cependant cet art «critique» n’est pas une partie négligeable de la campagne de propagande de la Brand Israël, il en est le centre. Israël désire activement que les citoyens étatsuniens imaginent qu’il est un endroit où les idées sont exprimées librement.

Le boycott culturel se base également sur la définition, acceptée internationalement, de la liberté d’expression, telle que stipulée au Pacte international des Nations-Unies relatif aux droits civils et politiques qui stipule (Article 29/2):
«Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.»

Si quelqu’un empêche vraiment l’échange libre d’idées, c’est l’état d’Israël, qui cherche systématiquement à détruire la culture palestinienne. Il y a des exemples évidents, comme l’arrêt des subventions et l’intimidation des produits culturels palestiniens à l’intérieur d’Israël. Mais il y a aussi des injustices plus circonstancielles, comme les différentes manières qu’Israël a de limiter les déplacements des Palestiniens, d’entraver leur accès à l’éducation et de supprimer l’histoire culturelle palestinienne.
Au cours de la Nakba de 1948, la «catastrophe», quelque 80 000 livres des bibliothèques palestiniennes privées furent pillés. Au moins 6000 d’entre eux restent à la Bibliothèque nationale d’Israël.
Et cela continue ainsi, en 2009, la Ligue Arabe et l’UNESCO ont choisi Jérusalem comme capitale de la culture arabe de l’année. Israël  a interdit toutes les manifestations culturelles liées aux célébrations. 
 
Au Liban, Israël évoque une longue occupation du sud-Liban, des assassinats, des bombardements massifs et meurtriers et des survols illégaux de l'aviation israélienne; Israël est toujours un ennemi qui menace notre pays. Ainsi notre appel au boycott nous concerne étant des libanais autant que des humains.
Cependant l'appel au boycott culturel au Liban n'est pas toujours évident, une polémique s'éclate dans beaucoup des cas, comme dans le cas de l'évitement de la visite d'une chanteuse qui a glorifié Israël lors de son 60e anniversaire «Lara Fabien», ou de la diffusion d'un film (Wonder Women) dont l'actrice principale «Gal Gadot» est une israélienne engagée dans l'armée sioniste, ou de la censure d'un livre écrit par un israélien (Une brève  histoire de l'humanité- De Yuval Noah Harari).
Cependant le cas de Ziad Doueiri était l'affaire la plus polémique. Cette affaire a commencé en 2013 lorsque son film «L’attentat», adapté d’un ouvrage de l’écrivain algérien «Yasmina Khadra», a été interdit de diffusion au Liban et dans les pays arabes suite à une campagne «anti-normalisation». «L’Attentat» a été en partie filmé en Israël, où le réalisateur et son équipe se sont rendus à l’époque pendant 11 mois et ils ont  collaboré avec les autorités, des acteurs et des cinématographes israéliens.
Un réalisateur palestinien des Territoires occupés n’a pas le choix, pour filmer, se déplacer, se mouvoir dans l’espace, mais un réalisateur libanais a le choix: d’aller ou de ne pas aller en Israël. Il y a le choix, ou non,  de demander des autorisations de filmer à des autorités israéliennes qui interdisent si facilement à un réalisateur palestinien de se déplacer.
La visite de Ziad Doueiri en Israël brise l'appel international au boycott (BDS), la loi de boycott de 1955 et l’article 285 du code pénal libanais, édicté en 1964, qui pénalisent tout citoyen libanais ou tout ressortissant d’un état arabe résidant au Liban qui serait entré en «territoire ennemi (notamment Israël)» sans l’accord du gouvernement libanais. 

Pour certains médias la liberté d’expression y affronterait la censure d’un état (vue la loi), un Liban ouvert au monde, représentés par ses artistes, y mènerait une lutte contre les obscurantistes, comme «l’art n’ayant pas de frontières». Cet argument peut sembler cependant bien étrange, pour qui connaît sans naïveté l’architecture de l’occupation israélienne. Les Palestiniens des territoires occupés qui se rendent au Liban, par exemple, à l’invitation des centres de recherches, d’associations ou d’universités libanaises sont toujours susceptibles d’être interrogés et appréhendés par l’armée israélienne à leur retour (Ex: Mohamad Bakri, 14 Septembre 2017), la culture en Israël est alors inséparable de la politique, cela fait rarement l’actualité, pourtant «L’affaire Ziad Doueiri» (10 Septembre 2017) qui s'est éclatée lors de son retour au Liban pour l'exposition de son film «L’attaque», a par contre été bien plus médiatisée. 

Doueiri a demandé qu'il soit traité comme étant un cinéaste, alors que son film en question est politique (les attentats contre les israéliens), le sujet de son film n'était pas notre affaire principale, notre affaire était la normalisation, pourtant je l'évoque là comme un exemple de manipulation de l'art pour des buts politiques. 

Malgré ces voix «anti-boycott», on voit que beaucoup de libanais supportent l'appel au boycott, cet été à titre d'exemple, des artistes Libanais, se sont  retirés d’un salon dans une ville arabe «israélienne»-Sakhnine. Les artistes, dont les œuvres devaient être exposées à la Troisième Biennale Méditerranéenne, sont Walid Raad et Akram Zaatari. Ils ont dit qu’ils ont découvert accidentellement que leurs œuvres seraient présentées dans une exposition israélienne, alors ils ont immédiatement contacté le directeur de la FRAC (un musée d’art contemporain en France), lui demandant de retirer leurs œuvres de la biennale. Ils ont ajouté que la FRAC a l’autorisation générale de prêter à d’autres les œuvres des artistes, mais en tant qu’artiste libanais, ils ne peuvent pas exposer leurs œuvres en Israël.  

Le BDS international a remporté également de nombreuses victoires culturelles importantes au fil des ans dans plusieurs pays européens et américains. 

Depuis 2004 – 2005, des centaines d’artistes et de personnalités culturelles du monde entier ont respecté l’appel au boycott culturel de l'état colonial, je cite à titre d'exemple: le physicien et le cosmologue Stephen Hawking, les écrivains Alice Walker et Naomi Klein, le chanteur Roger Waters, le cinéaste Ken Loach, ...  
Notons que le cinéaste Ken Loach a fait récemment don des recettes de son dernier film sorti cet automne «Me, Daniel Blake», qui a été projeté en Israël contre sa volonté, au mouvement BDS.
 Je cite également quelques exemples de boycott académique et culturels: 
- près d’un millier d’artistes du Royaume-Uni ont signé un engagement de soutien au boycott culturel,
- 350 universitaires de plus de 50 universités et instituts de recherche italiens, plus de 500 universitaires du Royaume-Uni, 450 de Belgique, 200 d’Afrique du Sud, 200 professeurs et chercheurs brésiliens et 120 d’Irlande; ont signé une promesse d’engagement à boycotter les institutions académiques israéliennes.
- La campagne américaine pour les droits des Palestiniens (USCPR) a publié une compilation des victoires du BDS, qui énumère les multiples résolutions de désinvestissement des campus, les grandes associations académiques et universitaires approuvant le BDS, et les divers boycotts culturels. Je cite: les doctorants de  CUNY Graduate Students (New York), le corps enseignant de l’université de Boston, l’Association américaine d’anthropologie, l’Association nationale des études féministes, l’Association d’études américaines, l’Association pour la littérature africaine, l’Association des études asiatiques et américaines, l’Association pour la sociologie humaniste, l’Association des études ethniques critiques, l’Association nationale des études des Chicanas et Chicanos, l’Association des études amérindiennes et indigènes, et l’Association des études sur la paix et la justice.

Ces appels internationaux sont lancés en solidarité avec la campagne de la société civile palestinienne pour les Boycotts, Désinvestissements et Sanctions (BDS) contre Israël jusqu’à ce que celui-ci se conforme au droit international et aux principes des droits de l’homme, et cet appel mondial s’inspire des succès des boycotts similaires durant le mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud qui avaient eu lieu pendant les années 80.

Ce boycott académique et culturel montre l’existence d’un bloc solide, critique, d’universitaires et d'artistes qui ne sont plus disposés à tolérer d’être complices des violations d’Israël du droit international et des droits de l’homme.  

Les succès du mouvement de boycott international n'étaient pas sans conséquences sur Israël qui a commencé, depuis 2014, à combattre le BDS et ses activistes, elle a déjà voté la «loi sur l’Interdiction de Boycott» et la «loi sur la Diffamation» qui déclarent illicites les appels au boycott  et les publications d’informations révélant la violence de l’armée. Il existe une campagne très bien coordonnée et bien financée sous la houlette d’Israël  pour criminaliser le militantisme politique contre l’occupation israélienne et pour l'institutionnaliser, non seulement en Israël mais dans les pays occidentaux de façon générale.

L'appel israélien à rendre le boycott illégitime connait un succès dans différents pays (France, Etats Unis, Grande Bretagne, …)- 42 sénateurs américains, aussi bien Républicains que Démocrates, supportent un projet de loi visant à renforcer la proscription de Boycott.

Israël se trouve alors de plus en plus dans l’incapacité de défendre son régime d’apartheid et de colonialisme, ainsi il a recours à des demandes de soutien auprès des gouvernements occidentaux pour saper la liberté d’expression comme un moyen pour se protéger des critiques.

Un nombre de détracteurs du Boycott disent : «Il se peut qu’Israël fasse des choses horribles, mais d’autres pays sont encore pires! Pourquoi ne pas les boycotter?» Avec cette logique, il est vrai qu’il semble antisémite que, de tous les pays du monde, nous nous concentrions uniquement sur cet état.
La réponse des boycotteurs du monde est: «contrairement à ces autres pays, Israël est un endroit où une population oppressée a spécifiquement demandé le boycott à la communauté international, comme forme de solidarité.».
La campagne de boycott des partisans d'Israël au Liban répondrait que chaque individu a le droit de boycotter n'importe quel autre régime oppresseur sans qu'il soit un boycott d'un peuple.
J'ajouterais que nous ne boycottons pas seulement le régime oppresseur de l'état d'Israël mais aussi un état colonial et un peuple complice.

Dans le contexte de tout ce qui précède, ce n’est pas que le boycott «censure» les œuvres/produits culturels israéliens ou la collaboration avec des israéliens, c’est que le boycott culturel résiste à une campagne de propagande élaborée dans le but d’influencer la conscience des peuples du monde. 

Les universitaires et intellectuels sont alors appelés à boycotter de manière large et cohérente tous les travailleurs culturels, les institutions académiques et culturelles israéliennes pour contribuer à la lutte pour mettre fin à l’occupation, à la colonisation et au système d’apartheid d’Israël. Les travailleurs culturels qui ne tiennent pas compte de l’appel au boycott contribuent au support de l’oppresseur, au blanchiment de ses violations du droit international et au camouflage de sa réalité coloniale et d’apartheid.

Il est important de mentionner que les projets et les évènements culturels impliquant des Palestiniens et/ou d’autres Arabes d’une part, et des Israéliens, de l’autre part (que ce soit bi ou multilatéralement), afin de présenter leurs récits et leurs points de vue respectifs, ou de travailler à la réconciliation «en surmontant les barrières», sont des formes intellectuellement malhonnêtes et moralement répréhensibles.
En effet, ils sont basés sur la fausse prémisse de symétrie/parité entre les oppresseurs et les opprimés et ils présument que tant les colonisateurs que les colonisés sont responsables à part égale du «conflit».

Le boycott fut donc élaboré dans le but de défendre les principes fondamentaux de la liberté d’expression.

Afifa Karaké
CBSI
Beyrouth, le 09 Décembre 2017

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